319 spectateurs : à la grande salle du cinéma L’Odyssée, bondée sans plus aucun siège de libre, a dû s’ajouter la petite salle attenante pour une projection simultanée : c’est peu dire que l’avant-première du film documentaire d’investigation Fos, les fumées du silence, a fait le plein lundi soir à L’Odyssée ! Ce long-métrage de 52 min, qui sera diffusé à la télévision après le Soir 3 lundi 4 février 2019, sur France 3, suit les pas de Daniel Moutet, infatigable vétéran de la lutte contre la pollution, président de l’Association de défense et de protection du littoral du golfe de Fos (ADPLGF). L’autre personnage principal du documentaire, Sylvie Anane, témoigne de ses multiples problèmes de santé (quatre cancers, un pontage, du diabète…), dont elle craint qu’ils ne soient liés à la pollution. Une hypothèse que semble accréditer l’expérimentation effectuée par Sylvia Piétri, chercheuse au CNRS - interrogée dans le film et présente dans la salle -, qui a fait respirer à des rats, une heure par jour, un cocktail de particules correspondant à celles que ses capteurs ont prélevées dans… la cour d’une école fosséenne ! Résultat : les rongeurs ont développé des maladies cardio-vasculaires, de la thyroïde, du diabète… « Le rat, c’est moi ! », constate non sans humour Sylvie Anane. Il est également beaucoup question dans le film d’ArcelorMittal, plus gros pollueur de la zone, incriminé par un ancien salarié témoignant de façon anonyme, qui porte de graves accusations de falsifications des mesures de pollution par le sidérurgiste…

Pour un registre des cancers

À la projection a succédé un débat, dont les participants unanimes ont réclamé une vaste étude épidémiologique, la prise en compte du cocktail des polluants, au lieu de se cantonner à des mesures usine par usine – qui respectent individuellement les normes réglementaires (sauf ArcelorMittal) -, celle des particules ultrafines, non comptabilisées faute de normes établies, comme l’expliquera un représentant d’Atmosud (ex Airpaca) présent dans la salle, ainsi que la création d’un registre des cancers. Le maire, Jean Hetsch, milite lui aussi pour cela : « Plusieurs études ont amené les pouvoirs publics à admettre le lien entre la pollution et la maladies, a-t-il noté. Mais un registre des cancers, cela a un coût… Et aujourd’hui, les pouvoirs publics n’ont pas la volonté de mettre les moyens nécessaires pour que nous puissions disposer d’un véritable état des lieux. » Quant à l’autrice du film, la journaliste Nina Hubinet, elle nous a confié qu’elle connaissait le sujet avant d’en faire un documentaire, en tant que Marseillaise, pour être passée enfant dans la voiture familiale à côté de la zone industrialo-portuaire – « On finissait par fermer la fenêtre à cause des odeurs » - et avoir été « bouleversée » par un documentaire radiophonique de France Culture, Vivre à Fos-sur-Mer. Nous lui avons posé pour conclure la question suivante : « Et maintenant, avec ce que vous avez découvert en travaillant sur ce documentaire, peut-on dire que vous êtes révoltée ? » « Oui, on peut le dire, nous a-t-elle répondu sans hésiter. Le déni de l’État, que dénoncent les associations, est assez patent. Les autorités ont l’air d’être conscientes de ce qui se passe mais ne prennent pas de mesures. L’État ne fait pas appliquer la loi et il n’y a pas de mise en place d’un vrai suivi médical des populations. C’est un scandale sanitaire à grande échelle. »

« Des questions nécessaires et vitales », selon Jean Hetsch

Au lendemain de cette soirée, le maire de Fos-sur-Mer a déclaré : « Hier soir au cinéma l'Odyssée, c'est un acte civique que nous avons partagé avec les élus présents, les très nombreux spectateurs, les équipes de France 3 Provence-Alpes et Nina Hubinet à qui nous devons ce documentaire avec Pierre-Jean Perrin. Bien-sûr la situation est alarmante et le focus du film est assez radical. Pour autant, les questions posées sont nécessaires et vitales et je vous remercie tous, collègues élus et habitants, de vous y associer avec autant de conviction. Mon point de vue est que la santé publique doit transcender toute autre priorité. Mais il faut voir les nécessaires mutations industrielles comme des opportunités humaines, sociales, écologiques, industrielles et économiques. Continuons à être à la fois les lanceurs d'alertes et les inventeurs des modèles du XXIe siècle. Merci à tous ! »

France 3 Provence-Alpes-Côte d'Azur a mis en ligne le film en avant première : cliquez sur ce lien.